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Nationalisme, souveraineté et xénophobie : Éviter les contresens pour cerner la vraie question ( Par Mamadou Diop « Decroix » )
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Le débat public au cours de ce mois de septembre 2026 a été fortement marqué au Sénégal par les notions de nationalisme, de souverainisme et de xénophobie. Ayant moi-même pris une part relativement active à la discussion, j’ai voulu exposer dans cette contribution mes positions, en interpellant l’histoire et nos réalit...
Le débat public au cours de ce mois de septembre 2026 a été fortement marqué au Sénégal par les notions de nationalisme, de souverainisme et de xénophobie. Ayant moi-même pris une part relativement active à la discussion, j’ai voulu exposer dans cette contribution mes positions, en interpellant l’histoire et nos réalités contemporaines. La première richesse de notre pays n’est ni le pétrole, ni le gaz, ni le zircon, ni l'or, ni même les nouvelles opportunités offertes par la révolution numérique et l’intelligence artificielle. La première richesse de toute nation est d’abord la paix et la stabilité intérieures. Sans paix, il n’y a pas développement durable. Tout le reste en dépend. C’est pourquoi parler aujourd’hui de ces notions n’est pas s’attarder sur des questions secondaires. C’est s’intéresser aux rapports humains de production et d’échanges qui conditionnent, en amont, la capacité même d’une nation à construire son avenir. Le nationalisme, la souveraineté et la xénophobie sont très souvent brandis par des camps opposés dans une conversation voire une dispute mais souvent comme de simples slogans. Ils sont rarement discutés et clarifiés pour tracer assez nettement les convergences et les lignes de fracture. La xénophobie est définie en français comme une posture d'hostilité, de peur, de rejet de l’étranger, de la différence culturelle, religieuse ou nationale. Lorsque je dis que nos peuples ne sont pas xénophobes, c’est précisément parce que leur vécu ne couvre pas de telles caractéristiques. Il n’y a pas de différenciation culturelle ni religieuse encore moins de la peur des uns envers les autres. Ils vivent leurs rapports séculaires sans se poser ce type de questions. Par contre le phénomène de mondialisation capitaliste néolibérale a engendré une crise multidimensionnelle de laquelle émergent des courants politiques d’extrême droite qui prospèrent sur les contradictions sociales que cette crise suscite . Ce sont donc deux réalités à distinguer avec netteté car leur confusion ouvre la voie à des dérives qui peuvent être évitées. Lorsque la xénophobie s’installe dans le débat public, elle ne menace pas seulement les communautés étrangères. Elle fragilise également la cohésion nationale, les relations avec les pays voisins et les fondements mêmes d’une société démocratique. Pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord interroger l’histoire en commençant par celle de nos frontières. Les frontières qui séparent aujourd’hui les États ouest-africains n’ont pas toujours existé sous leur forme actuelle. Bien avant la colonisation, de vastes ensembles politiques ont structuré la région : l’empire du Ghana, l’empire du Mali, l’empire songhaï et d’autres formations politiques qui ont exercé, à des périodes différentes, leur influence sur des territoires correspondant en partie à plusieurs États contemporains. Ces empires précoloniaux n’étaient certes pas des États-nations au sens moderne. Ils ne reposaient pas sur des frontières fixes et une citoyenneté nationale comparable à celles d’aujourd’hui. Ils n’en ont pas moins organisé des espaces de circulation, de commerce, de pouvoir et de relations entre des populations diverses. L’histoire de nos peuples ne se résume donc pas à celle des États issus de la décolonisation. S’agissant de la période coloniale, l’un des principaux cadres territoriaux de l’Afrique de l’Ouest française fut la Fédération de l’Afrique-Occidentale française, l’AOF, créée en 1895. Elle regroupa progressivement le Sénégal, la Mauritanie, le Soudan français (Mali), la Guinée, la Côte d’Ivoire, la Haute-Volta (Burkina Faso) , le Niger et le Dahomey (Bénin). L’AOF constitua ainsi, jusqu’à sa disparition en 1958, un vaste ensemble administratif placé sous l’autorité d’un gouverneur général. Des générations d’Africains furent administrées dans ce même ensemble colonial. Ils circulèrent indistinctement entre les territoires, servirent dans les mêmes formations militaires (armées) et entretinrent des relations familiales, commerciales, religieuses et culturelles. Le gouverneur général, qui résidait dans l’actuel palais présidentiel de l’avenue Léopold Sédar Senghor, administrait ainsi à partir de Dakar, un espace plus grand que l’Inde, la France,l’Allemagne, la Grande Bretagne et la Belgique réunis. Pour les Africains, ces frontières n’avaient aucune signification dans leur existence. Le Pr Joseph Ki-Zerbo aimait à rappeler le dicton des vieux Yorubas pour qui la frontière entre le Bénin (alors colonie française) et le Nigeria (colonie anglaise) ne séparait pas les Yorubas, mais séparait les Anglais et les Français. On pourrait en dire autant du fleuve Sénégal. Le Pr Ndiawar Kâne, de Mauritanie, a écrit un important ouvrage intitulé : Le fleuve refuse de séparer. Les jeunes générations d’aujourd’hui savent-elles que Saint-Louis faisait office de capitale de la Mauritanie en tant que territoire colonial jusqu’en 1957 ? Savent-elles que même après l’indépendance des deux pays, alors que Nouakchott était déjà devenue la capitale de la Mauritanie indépendante, deux frères utérins ont été simultanément l’un ministre dans le gouvernement sénégalais et l’autre, ministre dans le gouvernement mauritanien ? Tenez ! Prenons l’exemple le plus récent historiquement de l'ancien Premier Ministre de Guinée Sidya Touré qui vient de nous quitter le 25 septembre dernier. De novembre 1990 à décembre 1993 à Abidjan, Sidya était le Directeur de Cabinet du Premier Ministre de Côte d’Ivoire Alassane Ouattara, aujourd’hui Président de la République. En 1996, il est devenu Premier Ministre de la République de Guinée. Beaucoup de jeunes qui liront ce texte étaient déjà nés et sont donc contemporains de ces événements. On pourrait multiplier ces exemples entre pays frontaliers car les frontières de la période coloniale ont été négociées à la conférence de Berlin en 1884-1885, loin de l’Afrique et sans les Africains. Les colonisateurs ont balkanisé l’Afrique. Les pères du panafricanisme ( Kwame Nkrumah, Sékou Touré, Cheikh Anta Diop et d’autres) l’ont compris et ont combattu pour une Afrique unifiée aux dépens des frontières coloniales tracées au mépris des réalités géographiques et culturelles. L’ignorance de cette histoire par les jeunes générations est un facteur important dans certaines façons de penser notre présent. Et ce n’est pas leur faute mais celle des décideurs politiques des générations précédentes qui n’ont pas toujours considéré la réécriture de notre propre histoire par nous-mêmes et son enseignement dans les écoles comme une tâche sacrée. Aujourd’hui, la souveraineté des États est devenue une réalité politique tangible. Mais elle ne devrait pas être transformée en instrument d’effacement de notre histoire commune. Le problème ne réside donc pas dans l’existence de ces États. Il réside dans un...
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